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  • Benoit Poillon

Guérir du collège par l'écriture

Je me suis plongé dans le récit de Bérengère Berte "Guérir du collège" sans réellement savoir ce que j'y trouverai. Je savais que le thème principal était celui du harcèlement scolaire. Mais pas seulement.


À travers son récit chronologique, Bérengère Berte nous confie son adolescence avec brutalité. Car oui, ces années ont été particulièrement brutales pour elle et il n'était pas question d'édulcorer la vérité mais au contraire d'y faire face. Elle nous parle d'intégration, de rejet, d'éducation, de société. L'enfant y tient une place dominante plus que l'adulte. Pourquoi ? Parce que c'est à cet âge que chacun construit sa personnalité, renforce sa confiance et se prépare à affronter le monde.


L'autrice nous met face au quotidien asphyxiant d'une petite fille sans histoire, prise en tenaille entre le harceleur et le désir d'être inaperçue. Entre deux, Bérengère Berte nous donne à réfléchir sur l'amitié, le couple et la parentalité. Des thèmes fondamentaux pour sortir un enfant de cette roue infernale. Elle y place ça et là quelques réflexions sur l'école et ses lacunes, sur le pardon aussi, sur l'homosexualité et sur la quête d'identité dans nos sociétés beaucoup trop lisses.




"Les personnes qui ont été harcelées ont parfois tendance à se mettre en couple avec des personnes toxiques pour la simple et bonne raison qu'elles n'ont rien connu d'autre"




Avec bienveillance et une touche d'humour, l'autrice se place à 41 ans comme un témoin du harcèlement scolaire dans une époque où nous en parlions peu ou pas. Son récit vise à aider ces enfants qui, perdus entre la honte et le désespoir, préfère garder le silence. Tout un chapitre est consacré à des conseils pour les victimes et proches des victimes.


D'ailleurs, ironie de la vie, c'est au collège qu'ont commencé ces harcèlements et les cicatrices qui les accompagnent. C'est aussi au collègue, des années plus tard, qu'elle viendra les panser en animant des ateliers de prévention.


Preuve, s'il en faut encore une, que transmettre, partager et écrire sont souvent les traitements les plus efficaces pour guérir de ces plaies.


Interview de l'autrice


Pourquoi avoir décidé de partager ton expérience ? Pourquoi maintenant ?

Surtout parce que c’est un exutoire. Quand on a connu ça, on a souvent besoin d’en parler. Il y a beaucoup de gens qui postent leurs témoignages sur des blogs ou des sites comme Wattpad. J’aurais pu faire ça mais j’ai eu envie d’aider une association en l’auto-publiant et en leur reversant les bénéfices. Comme ça, les gens qui achètent mon livre font une bonne action.


Pourquoi maintenant ?

Si je l’avais fait juste à la sortie du lycée, je me serais probablement écroulée en larmes au bout d’une page ! Les souvenirs étaient trop frais et trop douloureux. J’ai commencé à rédiger mon texte il y a une dizaine d’années mais je me suis arrêtée pour diverses raisons (procrastination, doutes sur la légitimité de ce que je faisais, hésitation sur l’association à aider, encore de la procrastination…) Si la procrastination était une discipline olympique, je crois que je pourrais être médaille d’or.


Quelle place le souvenir de ces moments gardes-tu ?

La pire période de ma vie ! Tous les jours, je me rendais à l’école la peur au ventre, en feignant l’indifférence pour que mes parents ne s’inquiètent pas. Je ne souhaite ça à personne.


Qu'aurais-tu envie de dire aux victimes silencieuses de harcèlement ?

Demandez de l’aide ! Ce qui vous arrive n’est pas votre faute. Vous avez le droit d’aller à l’école en sécurité.


Selon toi, existe-t-il une alternative à la dualité "harceleur-harcelé" ? Est-on indubitablement, soit l'un soit l'autre ?

Je crois qu’énormément de personnes ne sont ni l’un, ni l’autre. En fait, la plupart des ados de mon collège étaient des spectateurs qui n’intervenaient pas pour des raisons diverses (peur d’être harcelé, doutes sur la conduite à suivre, effet spectateur, ou alors ils s’en fichaient...). Je crois aussi que les élèves spectateurs pourraient avoir un rôle important à jouer dans la lutte contre le harcèlement. C’est dommage qu’on ne s’en rende pas toujours compte.


Selon toi, harceleur d'un jour est-il harceleur toujours ? De même pour le harcelé ? Ou est-ce que chacun peut sortir de l'innocence de l'enfance en apprenant de ses erreurs pour l'un, à se défendre pour l'autre ?

Au Royaume-Uni, on estime que 60 % des personnes qui ont harcelé à l’école ont un casier judiciaire à l’âge de 24 ans. La caractéristique principale des harceleuses et harceleurs, c’est leur manque d’empathie. Pour « guérir » un harceleur, il faudrait travailler sur l’empathie mais c’est pas gagné.

Personnellement, j’ai subi le harcèlement sexuel et moral à caractère sexiste. Il y a d’autres personnes qui sont harcelées sous des prétextes racistes ou homophobes, par exemple. Ce qu’il faudrait, c’est éduquer pour mettre fin à toutes les discriminations (sexisme, racisme, homophobie…). Cela représente énormément de travail et ne se fait pas du jour au lendemain. Pour moi, un harceleur peut guérir mais dans la société où on vit, ça risque d’être difficile.

J’ai l’impression d’être comme une personne qui a eu un gros accident dans son enfance. Les cicatrices sont toujours là, je sais qu’elles ne s’effaceront jamais complètement mais je vis avec. Ça fait partie de moi.


Tu t'adresses beaucoup à des personnes dans ce livre, directement, autant d'anciennes amies que certains enfants qui t'ont fait du mal. As-tu essayé de les retrouver ?

J’ai vaguement cherché quelques noms sur internet, sans grand succès. Je ne suis pas allée plus loin parce que je crois que si je leur parlais, je ne saurais vraiment pas quoi dire. C’était il y a longtemps et peut-être que ces personnes ne se souviennent pas de moi. C’est la vie.


Quelle est la place du pardon dans ton récit ? Est-ce que pardonner t'a aidé à avancer ? Ou au contraire, est-ce que tu n'envisages pas de pardonner ?

Je crois que pour pardonner à quelqu’un, il faut que cette personne regrette sincèrement ce qu’elle a fait. Or, je n’ai aucune preuve tangible que ce soit le cas. Si je pardonnais à un garçon qui m’a agressée sexuellement dans la cour de récré, ça voudrait dire que ce qu’il a fait n’est pas grave et qu’une agression sexuelle est quelque chose de bénin ! Je n’ai pas envie de pardonner. Je préfère mettre les événements de côté dans un coin de ma tête et me concentrer plutôt sur ce qui est important pour moi pour avancer sereinement.

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